Reportage réalisé dans mon atelier en février 2023 par
Pierre Saint-Cricq pour la radio Port d'Albret FM
(cliquer sur la photo pour écouter)
La peinture et la sculpture ont toujours accompagné Christine Martz. De cet accompagnement est née une pratique orientée par une formation en architecture et bien plus tard de l'exploration des arts plastiques comme enseignante.
La première rencontre a fait émerger le goût appuyé pour le dessin ; la seconde la recherche très libre autour de la matière. C'est cependant un atelier de taille de pierre en Dordogne où elle a vécu 12 ans qui a tissé, comme une évidence, le lien entre peinture et sculpture.
Aujourd'hui cette artiste a posé ses valises sur le littoral landais à Capbreton. C'est au gré des rencontres, et des expositions qui parfois en découlent, que perdure la recherche de nouvelles techniques pour exprimer ce que ce lieu lui inspire. Chaque expérience a rajouté une pièce à sa création. Ses sculptures sont nées d'une fusion entre terre et mer. La terre et le bois flotté ramassé sur les plages ont entrepris un dialogue tout naturel. Ses toiles ne sont pas en reste. Elles traduisent la relation privilégiée avec le monde aquatique, l'Océan qui le contient. Epaisseurs et textures rattachent la composition au sens du toucher et bouclent le lien évident avec la sculpture.
Ce travail, nourri depuis quelques années, fait référence à la sensation, au sentiment puis l'émotion ressentis à l'approche de l'Océan. Habiter le littoral est le contraire d'un dépaysement pour cette artiste qui vient de l'Est. Ce serait plutôt un « Paysement », même si on est à la frontière de deux mondes, aquatique et terrestre. C'est pourquoi elle ne peut rester longtemps éloignée de ce lieu. La rencontre, le contact presque quotidien de cette source d'inspiration qu'est l'océan lui sont devenus irrésistibles.
Expression d'une fusion, d'un dialogue entre les matériaux terrestres d'une part, la terre et le bois flotté, et le sujet, à savoir le monde fascinant de l'eau, les œuvres de l'artiste ont pour vocation de faire découvrir au visiteur la relation singulière que l'artiste entretient avec un univers inspiré du monde aquatique et plus largement de la préhistoire.
Dans ses sculptures,. les éléments ont entrepris un dialogue tout naturel : la terre enserre le bois et le bois se laisse apprivoiser par la terre. Les deux s'enlacent et s'entremêlent vers leur avenir commun : l'émergence d'un sujet, convoquant un monde sous-marin fascinant, l'imaginaire des hommes qui l'approchent et permettant à l'artiste le partage essentiel à la nourriture de ses créations futures, aujourd'hui largement inspirées de l'art rupestre.
L'ambiance océanique qui entoure son lieu de création l'a tout d'abord dirigée vers la représentation fantasmée de la faune des abysses, essentiellement d'origine préhistorique et abritée par le Gouf, profond canyon sous-marin situé au large de Capbreton. De cet imaginaire sont nées maintes créatures auxquelles elle a offert une seconde vie. Le mélange des terres, comme le grès, ou la porcelaine, travaillées en réponse au bois patiné par les éléments marins, sel, vent et eau, lui a permis de marier harmonieusement chaque élément. Le travail des « peaux » et la recherche des formes associées au bois l'ont guidée vers l'art pariétal et la représentation de mammifères ayant vécus lors des temps préhistoriques sur un littoral pas encore immergé.
Coté peinture, paysages océaniques et lacustres vous feront voyager vers une symbiose entre l'homme et la nature grâce à la matière, aux empattements et la gestuelle large qui habillent ses toiles. Lignes d'horizon et textures jouant avec la lumière vous amèneront jusqu'au ressenti du sentiment océanique, si prégnant dans le monde de l'artiste, là où les notions d'espace et de temps se confondent. Si la troisième dimension se lit au niveau de la matière et du traitement de l'horizon décliné à l'infini dans ses toiles représentant l'océan, c'est au niveau des formes géométriques et stylisées à outrance qu'elle se lit dans ses paysages lacustres ou bâtis, à la frontière du cubisme et du naïf. La couleur posée en aplats lissés à la spatule crée les plans de la composition, comme autant de sensations jetées sur la toile, transposition de la perception de l'artiste. Cette mosaïque de formes et les cloisonnement qui en découlent, font naître des vibrations optiques construisant l'espace et lui donnant tout son sens. Les aplats de matière viennent se détacher du fond de la toile rehaussant la perspective et accentuant l'effet de fragmentation.
Trois styles en un univers: sculptures très brutes en grès et bois flotté, matière et lignes d'horizons intuitives ou perspectives fragmentées sur toiles témoignent différemment de la singularité d'un art décliné en autant d' approches, de perceptions, de transpositions propres à l'artiste et qu'elle vous propose de partager.